António Guterres, Secrétaire général de l’ONU rappelle que « l’accès à l’eau potable et à l’assainissement joue un rôle essentiel dans la promotion des droits et de la santé des femmes et des filles ».
À l’occasion de la Journée mondiale de l’eau, dont le thème est, cette année, « L’eau, source d’égalité », le 22 mars, le Secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU), António Guterres (voir photographie), rappelle que « l’accès à l’eau potable et à l’assainissement joue un rôle essentiel dans la promotion des droits et de la santé des femmes et des filles. Lorsque cet accès fait défaut, ce sont elles qui en paient le prix le plus fort. Elles sont en effet contraintes d’utiliser des toilettes insalubres, de s’occuper des membres de leur famille tombés malades à cause de l’eau contaminée, et de passer chaque jour des heures à aller chercher de l’eau dans des points d’eau communs bondés, une corvée qui empêche de nombreuses filles d’aller à l’école ».
Il est donc temps que les États augmentent leurs investissements et renforcent les systèmes nationaux d’approvisionnement en eau et d’assainissement, en améliorant les capacités de distribution, la formation de la main-d’œuvre et la fiabilité du financement. « Les pays développés doivent mettre en commun les technologies, l’expertise et le financement nécessaires pour construire des infrastructures d’approvisionnement en eau et d’assainissement sûres, durables et résilientes. Et il faut absolument que les femmes participent à la prise de décisions afin de garantir que ces systèmes répondent à leurs besoins. Trop souvent, l’eau est source de conflits, mais elle peut aussi unir les peuples et contribuer à la paix », poursuit António Guterres.
Publié plus tôt dans l’année, un nouveau rapport de l’ONU affirme que la planète est entrée dans une « ère de faillite hydrique mondiale » et que, dans une large partie du monde, les gestes quotidiens tels que prendre une douche, boire au robinet et arroser un champ reposent désormais sur une ressource qui ne se renouvelle plus, à savoir l’eau. « Ce n’est pas pour tuer l’espoir, mais pour encourager l’action, a expliqué Kaveh Madani, directeur de l’Institut universitaire des Nations unies pour l’eau, l’environnement et la santé, l’agence à l’origine de l’étude. Plus tôt nous regarderons le vrai bilan en face, plus nous aurons d’options. Plus nous attendrons, plus le déficit deviendra irréversible ».
Une « ère de faillite hydrique mondiale »
« Le mot “crise” [dans l’expression « crise mondiale de l’eau » utilisée depuis des décennies par les scientifiques et les responsables politiques] suggère quelque chose de temporaire. Or, dans de nombreux bassins, l’ancien normal a déjà disparu », a insisté Kaveh Madani. Le rapport forge donc le concept nouveau de « faillite hydrique », qui désigne un état post-crise durable, où l’usage et la pollution de l’eau ont dépassé les apports renouvelables, et où le capital naturel – nappes, zones humides, sols, rivières, glaciers – est endommagé de manière irréversible ou à un coût prohibitif.
Plus de la moitié des grands lacs mondiaux ont décliné depuis les années 1990, 70 % des grands aquifères affichent une baisse de long terme, et 410 millions d’hectares de zones humides ont disparu depuis 1970, pour une perte annuelle estimée à 5 100 milliards de dollars de services écosystémiques. « Dans de nombreux endroits, ces “économies” ne se reconstituent pas à l’échelle d’une vie humaine », a prévenu Kaveh Madani.
Près de trois quarts de l’humanité vivent dans des pays qualifiés de « précaire » d’un point de vue hydrique, plus de 4 milliards de personnes subissent une pénurie sévère au moins un mois par an, et la moitié de la production alimentaire mondiale provient de régions où le stockage total de l’eau décline ou devient instable. Face à cette réalité, le rapport appelle à abandonner la gestion de crise – faite de réponses d’urgence et de promesses intenables – au profit d’une gestion de faillite. « En finance, la faillite n’est pas la fin de l’action ; c’est le début d’un plan structuré. En matière d’eau, la logique est la même », explique Kaveh Madani. Cela implique, notamment, de dire la vérité sur les pertes irréversibles, de protéger ce qui reste du capital naturel, et de décorréler la croissance économique de l’augmentation continue des prélèvements d’eau.

