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« L’eau est une composante économique de l’aménagement d’un territoire »

11 mai 2026 Paru dans le N°492 ( mots)
© Sébastien Pouchard. Anne-Laure Makinsky (à gauche), directrice générale de l’Astee.

À l’occasion de la 105e édition du congrès de l’Association des professionnels de l’eau et des déchets (Astee), qui se déroulera du 15 au 18 juin 2026, à Nancy, Anne-Laure Makinsky, directrice générale de l’Astee, revient pour L’Eau, L’Industrie, Les Nuisances sur les grandes tendances actuelles dans le domaine de l’eau et les temps forts (sessions plénières, visites de sites…) de la prochaine édition.

L’Eau, L’Industrie, Les Nuisances : Dans quel contexte va s’ouvrir la prochaine édition du congrès de l’Association des professionnels de l’eau et des déchets (Astee) ?

Anne-Laure Makinsky : Du côté de l’assainissement, la transposition de la nouvelle directive sur les eaux résiduaires urbaines (DERU 2) concentre pas mal de notre énergie au sein de l’Astee, comme de l’ensemble des acteurs, en ce moment. À l’image de la DERU, qui remonte à 1991 et qui a fourni un cadre et des exigences en termes de traitement des eaux usées pour plusieurs décennies, la nouvelle directive est également très structurante pour notre profession, concernant notamment la mesure et traitement des micropolluants ainsi que la neutralité énergétique des infrastructures. Du côté de l’eau potable, nous avons de nombreux sujets en cours : la mission inter-inspection sur le coût de dépollution des eaux destinées à la consommation humaine (EDCH), pour laquelle l’Astee a été interrogée – les conclusions tardent toutefois à être rendues publiques – , la prise en compte des pesticides, des micropolluants, du chlorure de vinyle monomère (CVM), etc… et les travaux du groupe national Captage[1], dont les enjeux très importants nécessitent des arbitrages qui prennent du temps. 2026 est également l’année durant laquelle notre commission de travail Eaux pluviales et aménagement, dernière-née de nos commissions en avril 2025, a pris son rythme de croisière en lançant des travaux en lien avec la DERU 2, l’harmonisation du système d’information géographique (SIG) sur les infrastructures et les patrimoines d’eaux pluviales. Enfin, au sein de notre commission Ressources en eau et milieux aquatiques, nous menons un travail exploratoire sur la modélisation locale de la demande en eau et l’évolution de cette demande dans les années à venir. Si les développements en modélisation ont débuté il y a plus d’une quinzaine d’années, l’émergence de plus en plus forte de l’intelligence artificielle (IA) vient donner un nouveau souffle à cette tendance, que ce soit dans l’eau potable et dans les eaux usées (surveillance des polluants émergents, notamment des PFAS [substances per- et polyfluoroalkylées], optimisation de la gestion patrimoniale, amélioration des rendements des stations d’épuration [STEP], impact du changement climatique sur des risques tels que le retrait-gonflement des argiles [RGA]…).

L’Eau, L’Industrie, Les Nuisances : Quels seront les temps forts de la 105e édition du congrès de l’Astee, qui se déroulera du 15 au 18 juin 2026, à Nancy (Meurthe-et-Moselle) ?

Anne-Laure Makinsky : En préambule, je tiens à préciser que ce sera la quatrième fois que le congrès se tiendra à Nancy, depuis sa création en 1906, après les éditions de 1909, de 1926 et de 1985. Le thème de cette 105e édition est « Inventons ensemble, les services Eau et Déchets de demain – Enjeux de décarbonation des services eau et déchets ». C’est un thème très structurant avec notamment les sujets liés à l’IA – comme évoqué précédemment – , aux grands textes européens sur l’eau, ou à la mutation des modèles économiques de l’eau et des déchets. Par ailleurs, l’eau et les déchets sont des services publics essentiels, qui structurent les territoires. L’eau est une composante économique de l’aménagement d’un territoire (industrie, tourisme, agriculture…) et les services publics doivent s’adapter à de nombreuses mutations, en devenant plus intégrés, par exemple. Nous constatons aussi l’existence de ponts entre l’eau et les déchets : les STEP produisent de l’énergie grâce, notamment, au biogaz. Nous avons donc essayé de résumer cette vue prospective dans le thème, plus général, du congrès de cette année.

L’Eau, L’Industrie, Les Nuisances : Le congrès réserve-t-il, cette année, des nouveautés aux participants ?

Anne-Laure Makinsky : Oui. Une table ronde est organisée, le 16 juin, sur l’eau et les PME, en lien avec les travaux menés, depuis mars 2025, par le groupe « Eau et PME » de l’Astee, hébergé au sein de son comité de la recherche, sur le rapport entre les TPE-PME et la gestion de l’eau. Après une présentation de l’étude intitulée « L’eau et les PME en France : panorama de situation » menée par le groupe de travail avec le soutien de la Fédération nationale des Banques Populaires, la table ronde se poursuivra par un partage de retours d’expérience portés par des PME engagées et par la présentation de la vision de structures accompagnant dans les territoires les PME. Parmi les résultats de cette enquête, 42 % des entreprises interrogées se disent fortement dépendantes, mais 21 % se sentent peu concernées. Ce sentiment de dépendance, qui varie fortement en fonction des secteurs d’activité des PME, montre qu’il y a un vrai terrain de conscientisation des enjeux de l’eau auprès de ces acteurs économiques à faire. Si l’on a beaucoup parlé, lors de l’annonce du Plan eau en 2023, des 50 sites industriels les plus consommateurs d’eau en France, on a jusqu’ici très peu abordé le sujet de l’eau avec les PME et TPE, qui est tout aussi important au vu des discussions que nous avons pu avoir avec les agences de l’eau, les chambres de commerce et d’industrie (CCI), les chambres des métiers de l’artisanat, des antennes locales du Medef[2] et les pôles de compétitivité. Un autre temps fort, également le 16 juin, sera la table ronde intitulée « La baignade urbaine, une reconnexion des villes avec leurs cours d’eau ». Si les Jeux olympiques et paralympiques (JOP) 2024 de Paris, avec des épreuves de natation dans la Seine, ont remis la baignade en cours d’eau urbains sur le devant de la scène, une recrudescence de la fréquentation des berges en ville existe depuis une vingtaine d’années en France. Entre risques sanitaires, de noyade et conflits d’usage eux-mêmes liés à l’accessibilité à ces cours d’eau dans un contexte global de changement climatique, les nouveaux défis à relever sont de taille pour les collectivités afin d’organiser les villes et les centres-villes. Par ailleurs, la plénière de clôture sur « Comment informer la population d’un risque sanitaire ? » sera passionnante à n’en pas douter. Dans un contexte où les risques sanitaires liés aux pollutions se multiplient et conduisent régulièrement à des situations de crise locale – il ne se passe plus un jour sans que l’on entende des alertes sur la présence de PFAS, de CVM, de pesticides, etc. – , la question de la confiance partagée entre institutions, experts et citoyens devient centrale. Cette table ronde, qui fera intervenir le Centre d’information sur l’eau (CIEau), un service de réclamation, un élu, le chercheur Cyrille Harpet, la Direction Générale de la Santé et un journaliste de L’Est Républicain, explorera les leviers avec lesquels la santé publique peut éclairer les enjeux locaux, mieux anticiper les risques et accompagner les populations face à des menaces environnementales souvent invisibles jusqu’alors. En étant un lieu de construction d’un consensus scientifique et technique entre experts, l’Astee montre ainsi qu’elle n’hésite pas à aborder des thèmes délicats et de lancer des débats.

L’Eau, L’Industrie, Les Nuisances : Comme à chaque édition, la visite de sites fait également partie du programme…

Anne-Laure Makinsky : Effectivement, plusieurs visites sont prévues cette année. Le mardi matin, les participants pourront se rendre à l’usine de production d’eau potable Édouard Imbeaux du Grand Nancy, située à Vandœuvre-lès-Nancy (Meurthe-et-Moselle). L’usine est constituée de deux files de traitement d’eau de surface complètes, dont la capacité totale de production est de 130 000 mètres cubes par jour, dont 90 000 m3/j bénéficiant d’un traitement final d’ultrafiltration. L’objet de la visite du mercredi matin est la station de traitement des eaux usées (STEU) du Grand Nancy, située à Maxéville (Meurthe-et-Moselle). Exploitée par la société dédiée à l’exploitation de la STEP du Grand Nancy (SOVEM), filiale à 100 % de Veolia Eau, et d’une capacité de 500 000 équivalents-habitants (EH) – 350 000 pour la filière urbaine et 150 000 pour la filière industrielle – , cette usine traite les eaux usées des 20 communes de la métropole, celles de la Brasserie de Champigneulles et celles des communes de Champigneulles, Frouard et Pompey (Communauté de communes du Bassin de Pompey). Une déambulation dans Nancy sera également l’occasion, le mercredi après-midi, de découvrir les différents secteurs traités en gestion intégrée des eaux pluviales. Enfin, le jeudi matin, les participants pourront se rendre sur les berges du ruisseau du Grémillon pour découvrir les résultats d’un chantier de renaturation écologique et d’aménagements du cours d’eau. Et le jeudi après-midi, les congressistes pourront visiter l’usine de Saint-Gobain PAM à Pont-à-Mousson. En proposant, dans notre approche, un mélange de conférences plus académiques, d’ateliers techniques participatifs, de visites de sites et de formations, chaque participant va construire lui-même son programme en fonction des sujets et des types de présentation qui l’intéressent le plus. C’est, je pense, une des grandes forces de notre événement et un des facteurs qui fait le succès du congrès.

L’Eau, L’Industrie, Les Nuisances : En guise de conclusion, avez-vous un dernier mot à dire sur la 105e édition du congrès de l’Astee ?

Anne-Laure Makinsky : En tant que rassemblement d’experts (ingénieurs, techniciens, chercheurs, étudiants…), le congrès est très apprécié pour l’occasion d’échanger avec ses pairs venant d’autres territoires, qui peuvent être confrontés aux mêmes problématiques que les siennes ou à des problématiques totalement différentes. Aller à la rencontre d’un territoire est une évidence puisque, s’il y a bien un élément territorial par essence, c’est bien l’eau.

Propos recueillis par Cédric Lardière


102 présentations retenues pour l’édition 2026
La thématique du congrès de l’Association des professionnels de l’eau et des déchets (Astee) est définie, en amont, par un comité de programme, composé d’une quarantaine d’experts de tous les domaines d'activité de l’association, avec les membres de la section territoriale de l’Astee, qui accueillera l’édition (cette année, celle du Grand Est – il y a 12 sections territoriales et une en projet en Polynésie française). Pour la 105e édition, le comité de programme a reçu 300 propositions de communication et n’en a retenu « que » 102. En parallèle du cycle de conférences techniques, les congressistes – l’Astee prévoit environ 700 participants – pourront également échanger avec plus de 30 partenaires (Métropole du Grand Nancy, Ville de Nancy, Lorr’Up, Destination Nancy, agence de l’eau Rhin-Meuse, la Banque des territoires, aquagir, PAM Saint-Gobain, Veolia, Xylem, Artelia, Carso, aquanova, Saur, SIAAP [Syndicat interdépartemental pour l’assainissement de l’agglomération parisienne] InnEAUvation, Suez, Austral, Bayard, Carnot Eau & Environnement, Desotec, Dolder, Flow-3D Hydro, Hydra Software, Leakmited, Medef [Mouvement des entreprises de France], OIEau, Sedif [Syndicat des eaux d’Île-de-France], Sewerin, Watura, Ax’eau, SIARP [Syndicat intercommunautaire pour l’assainissement de la Région de Cergy Pontoise et du Vexin…), preuve «
du dynamisme et de l’attractivité de l’événement », se réjouit Anne-Laure Makinsky, directrice générale de l’Astee.



[1] Cette instance nationale interministérielle est le lieu de suivi, d’échange et de partage des démarches nationales de protection des captages d’eau potable.

[2] Mouvement des entreprises de France, organisation patronale française.