Ce projet est porté par l’École nationale du génie de l’eau et de l’environnement de Strasbourg (ENGEES) pour en chiffrer les bénéfices et les risques à l’échelle de Strasbourg.
Des vagues de chaleur précoces frappent actuellement la France, après le printemps le plus chaud jamais enregistré selon Météo-France. Les nappes phréatiques ont déjà amorcé leur déclin saisonnier et, en ville, l’imperméabilisation des sols accentue le ruissellement – privant les sols d’une partie de la pluie qui pourrait les recharger – , les inondations et l’entraînement des polluants. D’aucuns se demandent comment peut-on réalimenter ces réserves.
C’est l’objet du projet Sirene (voir encadré), dont la station d’étude a été mise en service en mars 2026 par l’École nationale du génie de l’eau et de l’environnement de Strasbourg (ENGEES) à la station d’épuration (STEP) de Plobsheim, près de Strasbourg (Bas-Rhin). Le projet expérimente le concept de « ville éponge » – une ville qui stocke, absorbe, infiltre et restitue l’eau lentement plutôt que de l’évacuer – , concept soutenu par l’Eurométropole de Strasbourg, le conseil scientifique de l’ENGEES et la Région Grand Est, tous financeurs de Sirene.
Conçu après une phase d’étude en laboratoire, le dispositif reproduit la géologie et les aménagements caractéristiques du territoire strasbourgeois : seize colonnes de sols reconstitués reproduisent, en miniature, le parcours de l’eau depuis la surface urbaine jusqu’à la nappe. Trois types d’eaux, choisis pour leur disponibilité locale, y sont étudiés : des eaux pluviales collectées à Eschau, des eaux de piscine issues du rétro-lavage du centre nautique de Schiltigheim et des eaux usées traitées de la STEP de Plobsheim. Chaque colonne reçoit régulièrement la même quantité d’eau, dans des conditions différentes d’occupation du sol et de saturation.
Deux familles de mesures sont menées en continu, à savoir un suivi hydrodynamique – mouvement de l’eau dans le sol (teneur en eau, pression, imagerie radar) – et un suivi bio-physico-chimique des sols, des végétaux et des eaux, en entrée et en sortie, à la recherche des polluants émergents (résidus pharmaceutiques, pesticides, métaux lourds…) et des transformations du microbiome.
Le projet Sirene, prévu jusqu’en 2027, mesurera ainsi ce que l’infiltration des eaux non conventionnelles (eaux pluviales, eau de piscine, eaux usées traitées) apporte à la recharge des sols et des nappes, et les risques qu’elle comporte, à commencer par la pollution. Les indicateurs ainsi produits seront autant d’outils d’aide à la décision pour les collectivités engagées dans une gestion durable de l’eau. Le projet comporte enfin un volet pédagogique, avec des ressources de formation et des modules numériques.
Un partenariat scientifique et territorial
Du côté de la recherche, le projet Sirene réunit des laboratoires complémentaires, sous tutelle de l’École nationale du génie de l’eau et de l’environnement de Strasbourg (ENGEES) – elle en assure la coordination sous la responsabilité scientifique des enseignants-chercheurs Adrien Wanko Ngnien et Loïc Maurer, et dans le cadre des thèses de doctorat des chercheuses Alexandra Cerone et Lina Saoudi – , du CNRS et de l’Université de Strasbourg. Il s’agit du Laboratoire des sciences de l’ingénieur, de l’informatique et de l’imagerie (ICube ; UMR 7357) pour les écoulements urbains, la métrologie et le génie des procédés, de l’Institut pluridisciplinaire Hubert-Curien (IPHC ; UMR 7178) pour la chimie analytique et l’étude des métabolites et polluants émergents, et de l’École et observatoire des sciences de la Terre (EOST) pour l’exploitation du potentiel des radars géologiques. Le projet s’adosse à la Zone Atelier Environnement urbain (ZAEU) et bénéficie du soutien de la Région Grand Est, qui pilote le programme européen Life Adapt’Est (2026-2034) mobilisant une trentaine de partenaires sur le déploiement de la feuille de route régionale de l’accélération de l’adaptation aux changements climatiques. En documentant l’infiltration des eaux non conventionnelles, le projet Sirene apporte à ces stratégies d’adaptation des données concrètes.

