Située à trente kilomètres environ au nord de Saint-Étienne (Loire), la commune de Montbrison, capitale historique du Forez et ancien siège comtal, possède une riche histoire médiévale.
Néanmoins, à l’époque romaine, c'est le village de Moingt, inclus dans Montbrison depuis 2013, qui était le site majeur local. Il s'agissait d'une cité thermale de grande envergure, alors nommée Aquae Segetae, dont de nombreux vestiges sont encore visibles aujourd'hui.
Les vestiges antiques de Moingt, construits au pied des Monts du Forez (voir Figure 1), font partie des nombreux sites gallo-romains du département de la Loire (voir la DRAC Auvergne-Rhône-Alpes). Ainsi, les découvertes (bâtiments et objets) datent l'agglomération antique entre le Ier et le IIIe siècle après J.-C., c’est-à-dire les premiers siècles de l'empire gallo-romain. Fouilles et sondages ont permis d'identifier d'autres vestiges à travers le quartier, par exemple, le soubassement d'un temple, des rues et des habitations...
AQUAE SEGETAE,UNE CITÉ THERMALE ROMAINE DANS LA LOIRE
Les vestiges antiques, visibles aujourd'hui dans la partie sud de Montbrison (ancien village de Moingt), appartenaient donc à une ville gallo-romaine du nom d’Aquae Segetae, qui était située à neuf lieues² (gauloises) de Forum Segusiavorum (Feurs). À la fin du XVIIe siècle, un chanoine nommé La Mure signale, dans son « Histoire universelle et ecclésiastique du pais de Forez », l'origine antique des murs de la chapelle Sainte-Eugénie située en périphérie du bourg. C'est surtout au XIXe siècle, avec le développement de l'archéologie, que le site sera vraiment étudié.
En 1824, Moingt est identifiée sur la table de Peutinger (voir encadré), carte routière du IIIe siècle représentant les villes de l'Empire romain, comme une cité thermale (voir Figure 2). En 1876, le premier état des lieux des thermes est dressé par l'architecte Jean-Baptiste Dulac.
Six ans plus tard, le théâtre est, pour la première fois, sommairement exploré. Il faudra cependant attendre respectivement 1981 et 1990 pour que le théâtre et les thermes soient classés et inscrits aux monuments historiques. Depuis, quelques travaux ont été entrepris spécifiquement, puis dans le cadre de l’archéologie préventive.
L'état actuel de la connaissance laisse penser qu’Aquae Segetae fut un site majeur dont l'apogée se serait située au IIe siècle après J.-C., avant d'être progressivement abandonné au IIIe siècle. Selon les travaux archéologiques, le site reconstitué (voir Figure 3) était composé d'un sanctuaire dédié à la déesse de l'eau Segeta, qui a donné son nom au site. De cette ville subsistent aujourd'hui les vestiges des thermes, du théâtre antique, les soubassements d'un temple, ainsi que des bâtiments de stockage.
Revenons en arrière, de deux millénaires. La « Vichy » des Ségusiaves, Moingt (Aquae Segetae), vivait alors au rythme des fêtes romaines et des bains. Montbrison n’existait pas et on venait ici pour prendre les eaux, utiliser les thermes, glisser du froid au chaud, boire une eau aux vertus thérapeutiques.
À Moingt, on donnait sans doute des fêtes, comme l'attestent les ruines d'un théâtre imposant. On a même parlé d’un temple dont on n’a toutefois pas retrouvé l'emplacement.
LE THÉÂTRE
La présence d'un théâtre dans une station thermale n'étonne pas. Déjà à cette époque, il est en effet de bon ton d'offrir aux curistes des loisirs, autant que possible variés.
Adossé à une colline, le théâtre se situe sur les hauteurs du bourg, à quelques centaines de mètres de l'ensemble constitué par le temple et les thermes. D'après les travaux menés par Jean Renaud (1959-1960) et Olivier Blin (1995), le théâtre semble pouvoir être daté de la fin du Ier siècle après J.-C.
Aujourd'hui, si un accès est dégagé entre les habitations modernes, on ne distingue plus guère que les délimitations de la cavea (partie d'un théâtre romain ou d'un amphithéâtre, où se trouvent les gradins). Le plan général du théâtre forme un demi-cercle outrepassé de 80 m de diamètre.
D'après les estimations, ce théâtre mixte, aussi bien destiné au théâtre qu’à la lutte, pouvait accueillir jusqu’à 5000 personnes, soit l'une des plus grandes capacités de la province. Malheureusement, l'absence de campagnes majeures de fouilles, sa réutilisation en tant que carrière de pierre et les constructions modernes autour en empêchent une meilleure connaissance.
Quelques murs et les rebords de talus, aujourd'hui englobés dans un espace urbanisé, laissent deviner l’emprise du théâtre antique.
LE SITE DES THERMES
Les vestiges des thermes antiques se situent dans un clos connu sous le nom de « clos Sainte-Eugénie », dans l’ancien village de Moingt, le long de l’avenue thermale qui suit le tracé de la RD 5. Ils faisaient probablement partie d’un sanctuaire, vaste ensemble qui n’a pas encore été mis à jour en totalité.
Des actions municipales de valorisation ont été menées de 2020 à 2022, comme l’aménagement du parc des Thermes et l’ouverture du parc au public. À cela s’ajoute la mise en place, fortement encouragée par l’association « Les Amis des thermes romains », de panneaux explicatifs qui permettent de révéler à tous, même aux locaux, le riche passé de Moingt.
Fonction des thermes d’Aquae Segetae.
La présence, dans le nom Aquae Segetae, de la déesse Segeta laisse penser que l’ensemble (thermes, temple, théâtre) constituait un sanctuaire dans lequel les thermes auraient eu un usage plus thérapeutique qu’hygiénique.
Il s’agit de l’espace majeur d’Aquae Segetae, constitué, d’après les fouilles, de thermes, d’un podium, d’un temple et, sans doute, d’une enceinte. Les eaux de Moingt étaient réputées pour leurs vertus thérapeutiques.
Aujourd’hui, seuls les thermes sont encore visibles puisque les bâtiments semblent avoir servi de base à l’édification de la chapelle Sainte-Eugénie. Il faut cependant imaginer, dans le vaste bâtiment, un vestiaire, des bassins d’eau chaude, froide et tiède. À l’extérieur aurait pris place un vaste bassin de natation, qu’une reconstruction moderne semble vouloir imiter.
Selon les rapports de fouilles, l’ensemble architectural couvrait une superficie de 1488 m², mais pourrait atteindre 1850 m², ce qui montre l’importance du site et le classe parmi les plus vastes de la Gaule romaine.
Présentation du bâtiment.
Le bâtiment des thermes (voir Figure 4), qui a subi de nombreuses transformations au fil du temps, est de forme allongée. Il a une longueur de 64 m et devait se prolonger à l’ouest sous la RD 5 (avenue thermale). Aujourd’hui, les élévations sont antiques sur une grande partie de leur hauteur, notamment sur les façades est et sud. Des murs en élévation atteignent des hauteurs de 6 à 12 m, ce qui est exceptionnel en France.
Ces constructions semblent dater du Iᵉʳ siècle après J.-C.; on a pu discerner deux états de construction avec des remaniements de grande ampleur. Les archéologues ont identifié, grâce aux murs enfouis, différentes pièces. Une partie d’hypocauste a été repérée devant le mur sud, une autre dans le cellier (partie est du logis) ; deux petits bassins de forme carrée ont été reconnus dans les parties enfouies au sud et, probablement, une fontaine, dans une pièce à l’ouest.
La façade sud du bâtiment telle qu’elle apparaît aujourd’hui était un mur intérieur des thermes antiques : on y trouve des traces d’un enduit (tuileau rougeâtre) utilisé généralement par les Romains pour l’étanchéité dans les thermes et à l’intérieur des aqueducs. Il devait aussi y avoir un étage dont on a retrouvé l’ancrage à une hauteur de 7 m.
Les fragments de différents marbres (comme le porphyre) ainsi que les éléments de chapiteaux, colonnes et corniches que l’on a retrouvés à Moingt traduisent une richesse certaine. Enfin, les fouilles ont révélé, au sud, la présence d’un vaste bassin, parallèle à la façade du bâtiment antique (voir Figure 5).
L'EAU À AQUAE SEGETAE
Au n°9 de l'Avenue thermale (voir Figure 6), il est encore possible de lire « Source minérale La Romaine ». Cette signalétique peinte sur le mur d'une propriété privée indiquait l'endroit où les Moingtais venaient jusqu'en 1972 puiser une eau gazeuse. On arrêta l'exploitation de cette source qui était devenue insalubre par suite d'un entretien insuffisant probablement.
L'existence de cette source et le nom de « Romaine » laissent à penser que, déjà dans l'Antiquité, jaillissait, à Moingt, une eau gazeuse dont les propriétés pouvaient être thérapeutiques. On n’a pas retrouvé la source antique, mais on a seulement repéré une canalisation d'alimentation non loin de la chapelle.
HISTOIRE D'EAU
On sait que, dans les temps modernes, on connaissait deux sources : « La Romaine » et celle des Ladres. En 1778, le docteur Marin Richard de Laprade, dans son « Analyse et vertus des eaux minérales du Forez », mentionne que cette source était renfermée dans une petite enceinte soutenue par des colonnes qui sont aujourd'hui détruites par vétusté. En 1858, Auguste Bernard, dans sa « Description du pays des Ségusiaves », décrit un bassin cubique.
En 1923, Louis-Joseph Gras, dans son « Histoire des eaux minérales du Forez », cite deux sources à Moingt : la grande fontaine des Romains, près du temple de Cérès sur le site Sainte-Eugénie — ou fontaine des Ladres — et une autre source, en limite de Montbrison, propriété du chapitre Notre-Dame, dite « La Fonfort ». Actuellement, on ne peut que faire des hypothèses sur l'emplacement de la source antique : Philippe Thirion, en 1993, a trouvé une maçonnerie dont le parement, construit en tranchée étroite contre le substrat et suivi sur plus de 6 m, évoquait le parement extérieur d'une canalisation maçonnée.
Ce parement maçonné devait être celui d'une canalisation alimentant en eau minérale un bassin ou une fontaine plutôt qu'une source. En 2007, lors de fouilles consécutives à la création d'un bassin d'orage, une analyse de l'eau a montré des similitudes avec la source « Parot » (située à 5 km au sud, sur la commune de Saint-Romain-Le-Puy). L'eau de la source antique était sans doute une eau alcalino-gazeuse, chargée en carbonates de soude, de magnésie et de fer.
Je remercie sincèrement la Médiathèque et l’Office de tourisme de Montbrison pour leur documentation, et l'association des Amis des thermes de Moingt pour leurs précieuses informations (livret, entretien, visite de site). Par ailleurs, les illustrations de documents anciens (cartes et livres) ont été puisées ponctuellement dans les supports du service départemental/régional d'archéologie.

